Pourquoi maintenir le lien est indispensable ?
La théorie générale des besoins de Maslow - que les praticiens ont modélisée sous la forme de la « pyramide de Maslow » ci-dessous - nous permet de mettre en évidence les carences de développement engendrées par la séparation de l’enfant de son groupe.
Dans un deuxième temps, les apports de Boris Cyrulnik sur la résilience montreront que, en aménageant son environnement, on peut aider l’enfant à se reconstruire.
Dans le cas d’un enfant isolé pour des raisons médicales, même si son hospitalisation est prévue, on constate par l’observation de symptômes relevant de l'hospitalisme* , que son développement est gêné voire arrêté.
Le rôle de l’hôpital est alors de répondre aux deux premiers besoins fondamentaux de l’enfant défini par Maslow :
- 1er niveau « physiologique » (il est nourri, logé)
- 2ème niveau « de sécurité »
- au niveau santé (il est soigné, l’enfant est à même de ressentir que tout est mis en œuvre pour qu’il guérisse)
- stabilité familiale (les visites sont autorisées)
Mais les conditions mêmes de son traitement médical se révèlent être un frein à l’accomplissement des autres besoins que, par son jeune âge, il est censé être en train de développer. D’autant que son égocentrisme se trouve renforcé par son isolement et l’attention que lui portent à juste titre sa famille et l’hôpital.
Ces autres niveaux de besoin sont :
- 3ème niveau « de reconnaissance et d’appartenance sociale » : Il s'agit de la recherche de communication et d'expression, d'appartenance à un groupe. Ce besoin d'intégration dans le tissu social va de pair avec le besoin de reconnaissance et de considération. Le premier groupe d’appartenance est la famille. Le système des visites parentales en milieu hospitalier aide à la satisfaction de ce niveau mais il faut encore que l’enfant s’ouvre aux autres (ses camarades, le milieu scolaire) pour développer son statut social.
La socialisation est un processus par lequel sont transmises des valeurs et des normes (repères culturels, patrimoine commun, statuts sociaux) dans le but de construire une identité sociale et d'intégrer l'individu à la société.
À noter que ce niveau est logiquement développé entre 5 et 10 ans (donc à l’âge de la scolarité primaire) dans l’interprétation chronologique que font Mishara et Riedel de la pyramide de Maslow.
- 4ème niveau « d’estime de soi » : le besoin de reconnaissance de ce que l’on est par les autres, de respect de soi-même et de confiance en soi. Ici, la maladie a montré à l’enfant, parfois brutalement, ses limites. Il est déstabilisé et donc perd confiance en ses possibilités autant physiques que morales. Il lui est nécessaire alors d’avoir une activité valorisante, qu'elle soit dans le domaine du travail ou dans celui des loisirs pour se réaliser, se valoriser à ses propres yeux et aux yeux des autres.
- 5ème niveau « d'accomplissement personnel » : le besoin de poursuivre certains apprentissages avec l'implication du goût de l'effort, de connaître de nouvelles techniques et d'avoir des activités purement désintéressées. Besoin de communiquer avec son entourage et de participer, fût-ce modestement, à l'amélioration du monde. Pour un enfant hospitalisé dont le seul combat initial est celui de sa guérison, il s’agira de trouver d’autres moyens d’accomplissement, qui en l’ouvrant sur les autres, l’aideront à se surpasser lui-même.
Les liens affectif et social
Depuis les travaux de Spitz sur les enfants élevés en hôpitaux, nous savons que les apports affectifs et relationnels sont aussi nécessaires à la survie et au développement de l’enfant que la nourriture et les soins d’hygiène. Un bébé peut mourir d’indifférence ou en garder des troubles irréversibles du développement psychomoteur.
Le psychiatre John Bowlby* a également accordé une importance particulière au développement socio-affectif des enfants pour élaborer sa théorie sur l’attachement. Il infère de ses observations que les fondements de la personnalité de l'adulte se construisent à partir de la sociabilité de l'enfant. La relation d'attachement contribue au développement des habiletés sociales et affectives des jeunes enfants. En effet, le premier lien avec ses parents que connaît l'enfant devient par la force des choses le premier modèle de ce qu'est une relation et de ce qu'il peut en attendre.
Bowlby a observé que les enfants séjournant dans un hôpital, éloignés de leurs parents pour une longue durée et qui n'avaient pas accès à un substitut maternel stable (dès l'âge de six mois environ) exprimaient de la détresse et que, plus le séjour s'allongeait, plus les troubles étaient considérables au retour dans le foyer d'origine. Ces troubles étaient des réactions de protestation, de désespoir et de détachement. La conclusion en est que la perte de la figure maternelle pendant la période de la petite enfance est un événement déterminant dans l'établissement de la personnalité.
Lors de l’hospitalisation des élèves, nous avons pu constater systématiquement les 3 phases décrites par Bowlby:
- La première phase « de protestation » débute habituellement dès la séparation et peut se prolonger de quelques heures à plus d'une semaine. L'enfant manifeste vivement sa détresse et utilise toutes les ressources qui lui sont disponibles afin de retrouver sa figure d'attachement. Il pleure avec rage, se jette de tout côté, rejette l'aide extérieure qui s'offre à lui et est à l'écoute de tous les indices pouvant signifier le retour de sa mère.
- La seconde phase « de désespoir » montre un enfant qui perd petit à petit espoir de retrouver sa figure maternelle. Ses pleurs sont monotones et intermittents et il devient retiré et inactif. Sa détresse est encore présente mais ne se manifeste pas activement comme lors de la phase précédente.
- Enfin, lors de la troisième phase « de détachement » l'enfant semble réinvestir, peu à peu, l'entourage. Il accepte l'aide d'autrui et se comporte bien socialement. Ces signes semblent refléter une adaptation bénéfique. Toutefois, au retour de la mère, l'enfant ne montre aucun comportement caractéristique de l'attachement. Bien au contraire l'enfant se détourne de la mère sans en tenir compte. Ainsi, l'enfant détaché réagit comme si le contact humain en général n'avait pas de sens pour lui. Enfin, l'enfant peut ne plus réagir à l'environnement, se centrer sur lui et démontrer une stabilité superficielle, bref se détacher de la figure maternelle ou des gens.
La résilience
Deux psychologues scolaires américaines (Werner et Smith), ont montré, dans les années quarante, que des enfants à risque psychopathologique, condamnés à présenter des troubles, « s'en sortaient » grâce à des qualités individuelles ou des opportunités de l’environnement.
Selon Boris Cyrulnik, qui a réactualisé le terme de résilience, il s’agit de la capacité à vivre et à se développer en dépit de l’adversité.
Il n’y aurait pas de profil particulier en fonction des différentes cultures et des modes de vie, de l’enfant résilient. Le développement de la personnalité de l’enfant est étroitement lié aux relations parents-enfants.
La question concernera la capacité de ces enfants à s’engager dans des relations affectives. Ces enfants « carencés » sont dans le chagrin mais continuent de s’orienter vers les autres.
C’est pourquoi, le personnel hospitalier doit être en mesure de donner à l’enfant différents soins pour répondre à ses besoins alimentaires et à certaines exigences de propreté et d’hygiène, et lui apporter confort et bien-être. L’enfant doit profiter de ce confort et de ce bien-être et savoir le montrer. L’enfant construit avec l’adulte qui s’occupe de lui (qui répond à ses besoins primitifs) une relation affective, réelle et significative. C’est ainsi que les enfants résilients se mettent dans la démarche de recherche d’apparentement qui leur permettra d’entrer dans un groupe social. Ensuite, ils se forgent une « identité » dans ce groupe.
Cyrulnik fait la différence entre les enfants qui auraient eu une enfance « sécure » (ceux-ci pourraient être « rattrapés » car en capacité d’instaurer des liens, de s’engager dans une relation et devenir résilients) et ceux qui n’auraient pas bénéficié de cette sécurité.
La pédiatre Mia Kellmer Springle définit l’enfance « sécure » comme un ensemble d’interactions entre la mère et l’enfant satisfaisants les besoins de base.
Le lien pédagogique
Les programmes participent à la construction de l’élève. La loi d'orientation et de programme pour l'avenir de l'École du 23 avril 2005 définit le socle commun en le liant à la fois aux enjeux de la scolarité obligatoire, aux impératifs de formation tout au long de la vie, à la construction de la personnalité et à la vie en société.
Le socle commun intègre l'ambition d'offrir à chacun les moyens de développer toutes ses facultés en mettant en valeur toutes les formes d’intelligence et toutes les aptitudes. Le décret du 11 juillet 2006, pris en application de la loi, organise le contenu du socle commun autour de sept piliers, dont :
- les compétences sociales et civiques
- l'autonomie et initiative
Il a été constaté que le déficit éducatif pouvait engendrer un retard du développement intellectuel chez les sujets carencés, parfois irréversible quelques soient les bonnes conditions éducatives ou soins ultérieurs, certaines fonctions pouvant être plus affectées que d'autres (fonction symbolique, langage, fonctions logiques).
Mais, la carence d'autorité existe également. Elle peut être à l'origine de difficultés dans la maturation de la personnalité. L’enfant se montrera alors agressif, révolté, ou désinvolte. Par difficulté de communication, ces enfants intériorisent leurs conflits et ne leurs permettent de s'extérioriser que sous la forme d'impulsions agressives.
C’est conséquemment à ces divers constats théoriques et pratiques qu’a été mise en évidence la nécessité de mettre en œuvre le dispositif ComEcole.
